« J’ai remarqué que même les gens qui affirment que tout est prédestiné et que nous ne pouvons rien y changer regardent avant de traverser la rue. » Cette citation est de Stephen Hawking, célèbre astrophysicien, décédé il y a environ deux ans. Les spécialistes le mettent à égalité avec Albert Einstein. Stephen Hawking était atteint d’une maladie rare. À l’âge de vingt ans, on ne lui donnait que quelques années à vivre et, finalement, il est mort à l’âge de 76 ans, très handicapé, mais après de formidables découvertes, sur les fameux trous noirs, l’espace et le temps, etc.

L’exemple de sa vie semble, ses nombreuses citations, font écho à ce que nous vivons aujourd’hui. Depuis quelques semaines, nous sommes tous projetés dans un destin « hors contrôle ». Quelles leçons pouvons nous en tirer ? Et comment pouvons nous faire pour que demain soit différent et meilleur qu’hier ?

L’épisode pandémique que nous vivons aujourd’hui produit chez la plupart d’entre nous un regain d’anxiété et de peur. Celui ci est probablement le résultat de trois phénomènes qui se conjuguent : la peur de la maladie (et de la mort), l’impossibilité de savoir quand sera l’issue de la crise, et donc, la perte complète de contrôle sur notre avenir proche. Par exemple, pour prendre une comparaison, cela fait maintenant des années que l’on nous parle des catastrophes annoncées du réchauffement climatique. Mais cela nous semblait loin. En revanche, le virus, lui peut être tout près de nous, à chaque instant.

« Panser nos morts »

Le corona virus nous fais ressentir à tous, à des degrés divers, une perte de contrôle qui peut nous « tomber dessus » et tous, nous recherchons des explications, puis des remèdes. Les gouvernements gouvernent « à vue », les experts médicaux et scientifiques se déchirent sur l’efficacité de tel ou tel médicament, les failles de notre système de santé se font cruellement jour. Nous-mêmes piochons à droite et à gauche des informations contradictoires : quand cessera le confinement ? Faut-il des masques pour tous ? Pourquoi y en a t-il pas ? Comment se fait-il que d’autres pays, tels l’Allemagne ou l’Autriche s’en sortent mieux que nous, etc.

C’est dire si « la perte de contrôle » nous assaille tous, que l’on soit haut placé ou simple citoyen.

Notre première pensée doit évidemment aller vers ceux qui sont partis, au risque de ce virus imprévisible. Car, bien sûr, la perte « du contrôle » a d’abord été dommageable à ceux là, Les personnes âgées en Ehpad, dont on se demande comment elles font pour se retrouver dans leur labyrinthe de confinement. Des connaissances plus ou moins proches dont on apprend qu’ils ont été contaminés, voire décédés, des gens que l’on voyait à la télé comme Patrick Devedjian, que l’on pouvait apprécier que l’on soit de son bord ou pas, un artiste comme Christophe, dont la chanson « Les mots bleus » est connue par des générations, qui se trouve en coma artificiel. Et puis les soignants qui côtoient ce virus étrange, au risque de leur propre vie.

Il nous reste du temps. En ce moment même, nous avons du « temps libre imposé » pour penser à tous ces deuils, à ce drame qui frappe à notre porte, c’est à dire, à la télé ou sur Internet, et surtout dans nos relations à chaque instant. Avec la pandémie, les obsèques ne sont plus des deuils. Les proches n’ont plus le droit de voir leur défunt. L’inhumation est expédiée en une demi-heure. Il faut « faire avec » et « panser » ses morts comme on le peut. C’est aussi cela, la perte du contrôle, social celui là : ne plus pouvoir organiser des funérailles respectueuse de la personne partie.

Des raisons d’espérer ?

Avant le coronavirus, bien des psychanalystes et des psychologues cliniciens avaient une patientèle qui souffre de ce que l’on appelle, en jargon psychanalytique, de « névrose obsessionnelle ». Rassurez-vous, nous sommes tous plus ou moins névrosés, sinon nous ne serions pas humains. L’une des caractéristique de ce trouble, c’est qu’il amène bien souvent à tout vouloir contrôler : par peur du travail mal fait, d’une maison qui ne serait pas impeccable, d’enfants qui ne réussiraient pas parfaitement à l’école, etc…

Nous connaissons tous plus ou moins ce syndrome de la perfection et du contrôle. Et voilà qu’avec le coronavirus, tout cela s’effondre et nos certitudes avec : nous ne pouvons plus prévoir comment sera le lendemain, nous sommes obligés de nous plier aux fracture de notre liberté d’aller et venir, nous avons peur de tomber malade demain ou après-demain, nous ignorons comment tout cela va finir…

Et si la perte de contrôle pouvait être un bienfait intérieur pour chacun de nous ? Pour une fois, nous n’avons plus d’objectif de performance, de chiffre d’affaires, que sais-je encore ? Pourquoi ne pas en profiter ? Et donc changer notre posture face à la vie. Se dire que le temps présent, les bonheurs que l’on croise, si rares en période de confinement, sont les plus importants. Qu’ils vont nous aider à gagner la bataille. Non pas la « guerre contre le virus », qui est l’affaire des experts et des médecins, mais la bataille pour mieux s’aimer soi-même et prendre soin des autres.

On peut rêver.

On doit rêver même, que ce soit la nuit ou en plein jour, à d’autres modèles de vie, où l’imperfection est acceptée, où nous n’essayons pas tous de nous précipiter vers des objectifs extrêmes, inatteignables et finalement angoissant et douloureux.

Ne pouvons nous pas tous être d’accord sur ce simple principe de vie ? Une dernière citation de Stephan hawking : « Sans imperfection, vous et moi n’existerions pas ».