Le climat ambiant lié l’épidémie du coronavirus nous impacte tous, comme un peste, dont nous ne pouvons nous défaire. Mais il est probable que certains de nous soient plus concernés que d’autres, notamment chez ceux qui ont connu un deuil ou une perte récente et déterminante.

Les médias qui nous répètent en boucle le nombre de décès, de cas difficiles, de cas détectés du coronavirus, agissent en chacun de nous pour nous rappeler inconsciemment, d’une part, que nous sommes mortels, et d’autre part, que l’un de nos proche ou nous-même pouvons être touchés. Nous pouvons tous connaître une épreuve de deuil qui surgit par surprise quand nous perdons l’un de nos proches. Mais la psychologie et la psychanalyse nous apprennent que les deuils se font écho les uns aux autres. Par exemple, à l’occasion des obsèques d’une personne qui ne nous était pas particulièrement proche, on peut tout à coup ressentir des émotions très vives, qui dépassent le deuil actuel de la personne auquel nous participons et qui nous ramènent à des deuils passés, bien plus douloureux.

Car, c’est l’un des apports essentiels de la psychanalyse : certaines émotions ne vieillissent pas.

Ainsi, l’épidémie agit aussi comme un phénomène amplificateur de la crainte de chacun. Elle peut raviver des douleurs de deuils que nous portons tous en nous, qui ne sont pas encore cicatrisées. C’est l’une des raisons qui peut expliquer qu’elle répand chez chacun de nous et pour nous tous à la fois, cette ambiance si particulière et anxiogène.

La perte

Avec ce qui nous arrive, nous avons la sensation réelle, bien plus réelle par exemple que pour le changement climatique, que nous quittons un monde. Que tout va changer. Concrètement, l’épidémie, même une fois enrayée, aura des répercussions multiples, économiques, sociales, philosophiques. Le monde qui naitra de cette crise, qui finira, nous l’espérons tous, le plus vite possible, ne sera plus le même qu’auparavant.

Aussi, nous sommes conscients que nous sommes en train de perdre quelque chose. Que nous entrons dans l’inconnu, à commencer par le fait que nous ne savons pas combien de temps cette situation va durer.

C’est difficile d’entrer dans l’inconnu. Imaginer que cette fois ci, les choses vont réellement changer pour une cause qui nous est absolument immaitrisable. Il est intéressant là aussi de faire l’analogie avec le changement climatique : nous savions tous que le changement climatique allait amener des changements importants, mais le temps en faisait son affaire, et nous nous en contentions. Ce serait pour les 5, 10 ou 15 ans qui viennent. Et puis, peut-être que la science aurait trouvé un remède d’ici là ? Pourquoi pas ?

Il en va tout autrement pour la pandémie. Les changements sont déjà en train de s’opérer. Sous nos yeux ébahis. Dores et déjà, 3 milliards de personnes acceptent de vivre dans le confinement et la restriction des libertés. Et nous savons tous que le monde « d’après » sera différent du monde « d’avant ».

C’est une perte de nos repères que nous avons à gérer, pas aussi douloureuse que le deuil certes, mais qui en a aussi les symptômes : appréhension, peur, voire dépression.

Le monde « d’après » la première guerre mondiale ne fut plus jamais comme le monde « d’avant ». De même après la seconde guerre mondiale.  En 1945, de nombreuses initiatives humanistes ont vu le jour, à commencer par la Sécurité sociale, des mesures en faveur des plus pauvres, etc, alors que l’on devait encore gérer la pénurie causée par la guerre. Mais beaucoup de ces enthousiasmes se sont abîmés dans les années qui suivirent. Formons le vœu que le monde d’après le coronavirus nous apprendra en mieux ce que nous avions oublié hier. Que l’humain reprendra le dessus.