Depuis le début du confinement, de nombreux patients ont arrêté de consulter leur médecin généraliste et leur praticien spécialiste, notamment les psychanalystes ou psychologues. Aujourd’hui, la plupart des praticiens peuvent pourtant exercer avec toutes les précautions, pour leur patientèle, et pour eux mêmes. Se rendre à leur cabinet est sans danger, contrairement à bien des gestes de la vie quotidienne. Mais ils constatent une baisse d’environ 50 %. Où sont donc passés tous ces patients ?

De multiples médias relaient cette information (Europe 1, du 31/3, Le Généraliste, le journal Le Monde du 5/4) etc…

Cette désertion des cabinets médicaux ou paramédicaux a plusieurs causes :

  • la peur, tout d’abord. Beaucoup de patients ont le sentiment qu’ils seront plus exposés au coronavirus dans les cabinets médicaux ou paramédicaux que partout ailleurs. Or, rien n’est plus faux, pour au moins deux raisons. Les praticiens prennent des mesures de désinfections inégalées jusqu’à présent. Les psychanalystes, dont je fais partie, désinfectent systématiquement tous les objets qui peuvent être touchés, comme les poignées de portes, les sièges, etc. entre chaque patient. D’autre part, un psy ne reçoit qu’un patient à la fois, d’où le respect de la distanciation.
  • L’autre raison est que les personnes qui ont des symptômes du coronavirus doivent appeler d’abord le 15 et non se rendre chez leur généraliste.
  • Une dernière cause peut être le fait d’une anxiété généralisée qui met son empreinte dans tout le corps social, y compris, par exemple, la peur de se faire arrêter par la police.

Retrouver le lien…

Or, ces mesures de précautions vont à l’inverse du but recherché. Nos collègues médecins constatent qu’ils ne voient plus de nombreux patients atteints de maladies chroniques qui demandent pourtant un suivi régulier, d’où un probable embouteillage des cabinets, après la fin du confinement, ainsi que des retards dommageables dans le soin des pathologies.

Il en est de même pour les psychanalystes et psychologues. D’abord, sans obligation réglementaire, de nombreux psys ont fermé leur cabinet, dès les premières annonces du confinement. Pourtant, le ministre de la Santé, aujourd’hui même, a recommandé aux patients qui souffrent du confinement, d’angoisses, etc. de retrouver le chemin du cabinet de leur psy, pour peu que le praticien prenne toutes les précautions élémentaires de désinfection et des fameux « gestes barrières ». Ce qui nous paraît bien sûr évident. En Belgique, l’association des psychologues et psychanalystes conseille également la poursuite des soins, y compris en présence. Bien sûr, les uns et les autres emploient la visio-consultation, mais nous savons bien que ce n’est pas la même relation qu’en présence.Personne ne trouvera la bonne réponse.

Pour de nombreux patients, le lien est rompu, alors que la période est des plus anxiogène. Ce que nous vivons est difficile pour tout le monde et tous les médias n’évoquent en boucle que le coronavirus. Aussi, le confinement peut produire la fausse idée que nous nous trouvons à l’abri de toute autre maladie biologique que le coronavirus, ainsi que des mal-êtres psychiques.

… Pour repartir vers la vie

Après le déconfinement, quelle sera la vie de chacun ? Nous seront probablement soulagés de recouvrer notre liberté. Il est aussi possible que d’anciennes angoisses que nous pensions disparues réapparaissent, que nous nous posions de nouvelles questions à propos du sens de notre vie. De même, le confinement a aidé certains couples à se retrouver, mais d’autres à se distancier encore plus. Autant de sujets qui mériteront notre réflexion.

Comme après un ouragan dévastateur, bousculé par la tempête, l’envie de poser ses valises. Et s’interroger sur ce qui vient de se passer dans notre vie. Que nous est-il arrivé pendant ces deux mois ? Qu’avons nous vécu d’extraordinaire ?

Et repartir, vivre mieux enfin, avec cette leçon que la nature et le monde invisible des virus nous ont imposée.